Le patois en Valais et à Vouvry

Source : Médiathèque Valais

Quelques mots en patois de Vouvry

"blé" : bho

"furieux" : inradia

"fille" : fëdhe

"sur la terre" : su la tèra

"Je veux bien te laisser" : Oe peur le te lasi

"quelques mois après" : câc maè aprè

"Au printemps, notre paysan laboura son champ. Il planta des pommes-de-terre et des carottes" : Eu fori, noutron païsan l'a âro son tsan. Poè l'a inveti de trifé é de patenahé.

Présentation des patois

Historiquement, la variation linguistique précède la standardisation et, dans le domaine gallo-roman, la pratique dialectale s'est fortement étiolée, après la Révolution, au profit de la langue française. Dans ce contexte d'effacement des patois, il est remarquable que l'usage de la langue indigène perdure dans la partie romane du canton. Si, après le latin, le français s'est imposé comme langue écrite, le patois s'est cependant perpétué dans la conversation.

Historique des patois

Depuis le début du XXe siècle, les signes du déclin des patois se multiplient en Valais et le processus s'accélère après la Deuxième Guerre mondiale. Les parents préfèrent que leurs enfants apprennent en premier lieu le français. La dévalorisation du patois dans le cadre socioéconomique et l'attitude marquée de rejet adoptée par l'école ont progressivement marginalisé l'emploi dialectal. Les instituteurs ont été vivement encouragés à lutter contre le patois. Rose-Claire Schüle a relevé dans le règlement scolaire édicté à Monthey en 1824 : "Les régents interdiront à leurs écoliers et s'interdiront absolument à eux-mêmes l'usage du patois dans les heures d'école et en général dans tous les cours de l'enseignement".

A la fin du XIXe siècle, la terrible et triste guerre acharnée contre le patois devient totale. Quelques citations illustrent cette funeste démarche : "Un fait indéniable, c'est que la multiplicité des langues est l'une des plus grandes entraves à la culture de l'intelligence, au progrès des sciences... Il est du devoir de quiconque veut l'avancement intellectuel de notre jeunesse, de se liguer contre le patois... Tout maître, dès le début de sa carrière, doit lui déclarer une guerre acharnée... Il faut combattre cette lèpre de l'instruction... Extirpons ce parasite... Harcelons sans cesse, ne lui laissons ni trêve, ni repos, etc.,". Bref, un horrible climat de délation avec des punitions à la clef pour les inconditionnels du patois, tant à l'école qu'en récréation (amendes, port d'une grosse médaille de fer comme pour les pestiférés !).

Lors du recensement effectué en l'an 2000, 6'202 personnes en Valais ont indiqué le patois comme l'une de leurs langues parlées. Parmi les 5'484 personnes qui ont déclaré l'utiliser dans le ménage, 839 le parlent aussi au travail. Au total, le district d'Hérens comptait 1'319 locuteurs patoisants, ce qui représente 14,6 % de la population. Ensuite le district de Conthey 1'137, soit 5,6 % puis le district d'Entremont 395 locuteurs, soit 3,2 %.

Actuellement, Evolène est la seule commune en Suisse romande où la transmission du patois s'effectue de manière ininterrompue, certes sans que le patois ne s'y perpétue de manière uniforme dans toute la population évolénarde. En tout cas, au début de ce XXIe siècle, des enfants apprennent encore le patois comme langue maternelle et le patois est langue parlée par 48,5 % de la population résidente.

Patois de type franco-provençal

La fragmentation du gallo-romain place le domaine franco-provençal dans une position géographique charnière par rapport aux domaines d'oïl et d'oc et encore aux confins des parlers italo-romans et des parlers alémaniques de la Suisse. Effectivement, les patois valaisans s'étendent jusqu'à la frontière linguistique de l'allemand : la limite entre les deux langues coïncide, au nord, avec la ligne de démarcation cantonale de Berne, puis, traverse le Valais à l'est de Sierre et du Val d'Anniviers et atteint la frontière italienne.

Le territoire franco-provençal se situe de part et d'autre de l'Arc alpin : en France, en Italie et en Suisse, soulignant ainsi le fait que les cols relient les lieux et les communautés humaines davantage que les montagnes ne les séparent. Par exemple, les patois du district de Monthey se rapprochent d'un côté de ceux de Châtel et d'Abondance dans la Savoie voisine et, de l'autre côté, ce ceux du canton de Vaud, de la région d'Ollon, sur la rive droite du Rhône. Les patois de la vallée du Grand-Saint-Bernard partagent des caractères avec les patois valdôtains d'Etroubles, ceux de Bagnes avec ceux d'Ollomont parlés sur l'autre flanc des Alpes. Les patois du fond du Val d'Hérens présentent de nombreuses similitudes avec ceux de Bionaz et de la Valpelline. L'espace alpin apparaît comme celui de l'échange et de la communication.

Toutefois, dans le domaine franco-provençal, contrairement à d'autres régions linguistiques, il ne s'est jamais développé de sentiment d'identité, lié à l'essor d'une langue de culture, illustrée par la littérature. Les parlers de type franco-provençal se caractérisent notamment par l'absence d'une normalisation, le patois se définit d'abord comme une variation de la langue dans l'espace. En Valais, la différenciation dialectale est extrêmement forte. En effet, la géographie, un terrain accidenté rendant les communications difficiles entre les villages des diverses vallées latérales, explique en partie le morcellement du patois.


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